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Fraternité    

Les mots écrits de Jonas D.

... des mots pour décrire cette humanité qui nous habite alors que tonne le fracas du monde.


Mercredi 4 avril 2012 3 04 /04 /Avr /2012 11:11
- Par Jonas D.
Publié dans : Printemps - Communauté : écrire c'est hurler en silence

Les-anges-de-Marie-Ange.JPG

 

Marie-Ange a

Un ange pour mari

Qu’elle nomme

Marin.

 

Marie-Ange arrange

Les plumes de Marin,

Met en plis ses cheveux

Pour que l’ange

Reprenne la marée.

 

Pas marrant

D’être mariée

A un ange

De la Marine.

 

Marie-Ange

Regarde son mari.

A ses yeux d’ange anis

Elle sourit.

 

Dans ce silence

Un ange passe

Mario,

Ami de son mari.

 

Mais Marie-Ange

N’est pas un ange.

Elle aime les mains

De Mario.

 

Quand la mer monte

Que Marin est au mât

Marie-Ange

Monte le mât

De Mario

Qu’elle nomme

Mon ange

Comme son marin

De mari.

 

Ainsi pas de méprise,

Mario et Marin

Resteront amis

Et le mariage

Bien mis.


 

 

JPT / les mots écrits de Jonas D.

© 2012

Illustration : Christian Broutin



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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 10:31
- Par Jonas D.
Publié dans : Printemps - Communauté : L'écriture dans tous ses états

Trois légatairesLes deux frères se soutiennent du regard. Puis, Marc allume une cigarette. Il tremble. Benoît ramasse la liasse sur la table et la replace dans la valise. Plus un mot. Juste le son des bûches qui crépitent dans la cheminée et le grésillement de la cire dans les bougeoirs.

- Vous êtes tous les deux persuadés d’être l’élu de ce salaud. Mais moi, je vous réserve une surprise, une surprise de taille.

La main de Lison disparaît derrière l’étui ouvert. Lorsqu’elle en sort, elle est armée d’un pistolet argenté ultra plat. Et avant que ses frères aient le temps de manifester leur étonnement, elle fait feu vers leurs têtes. Marc et Benoît sont projetés contre le dossier de leur chaise puis l’un et l’autre s’affalent, le visage sur leur cadeau respectif. Le sang se répand autour de la voiture rutilante, le sang imbibe les billets de banque. Le bras de Lison est toujours tendu en direction de Feu ses frères. L’arme dans la main, crispée à rompre les chairs, semble appartenir au corps de la meurtrière.

A l’étage, rien n’a bougé. Les bras le long du corps, toujours armée, Lison quitte la table et monte calmement le grand escalier. Parvenue à l’étage, elle remarque le filet de lumière sous la porte d’une des chambres. Elle entre.

Au centre de la pièce éclairée par le feu de plusieurs vasques murales, un lit est occupé par Arthur Coret. Contre lui dort l’adolescent. Tous deux sont nus. Coret a les yeux grands ouverts fixés sur sa fille.

- Ne lui fait pas de mal, dit simplement Coret à sa fille.

Elle le regarde sans ciller quelques secondes avant de redresser l’arme vers le lit. Détonation. Une balle dans le crâne d’Arthur Coret. Lison s’approche de Renaud ; le jeune homme est tétanisé par la peur. Elle l’oblige à se lever et à s’asseoir sur un voltaire à proximité. A peine assis, elle lui loge une balle dans la tempe puis le pistolet dans une main après avoir pris soin de nettoyer ses empreintes. Prise d’un vertige, Lison tombe les genoux sur le sol pour y répandre la bile de son corps et perdre connaissance.

Lorsqu’elle reprend conscience, la migraine qui est née dans son crâne surligne le cauchemar. Lison rejoint pourtant le rez-de-chaussée, récupère l’étui de l’arme resté sur la table. Au fond de l’étui, il y a une enveloppe cachetée. Sans l’ouvrir, elle glisse l’enveloppe dans son sac. Elle soulage la mallette pleine d’argent de la tête ensanglantée de son frère. Elle parviendra bien, se dit-elle, à sauver les billets de l’hémoglobine. Puis elle efface toutes traces de son passage avant d’approcher un chandelier d’une des tapisseries murales du hall d’entrée. Déjà, le textile commence à fumer. Elle sort.

La bruine a cessé. Elle s’approche de la falaise et jette l’étui dans les vagues déchaînées.

Lison conduit à tombeau ouvert pour quatre personnes. Elle a posé l’enveloppe bien à plat, en évidence sur le tableau de bord. Sur le papier sont tracées les lettres qui la désignent : Lison Coret. A table, elle avait déjà reconnu l’écriture de sa mère. Depuis quand cette lettre lui était-elle destinée? Pourquoi son père a-t-il subitement décidé de la lui remettre ? Pourquoi a-t-il fait d’elle, sa fille, son bourreau ?

Lison arrête le véhicule. En contrebas de la route côtière qu’elle longe depuis quelques minutes, la mer semble plus que jamais de mauvaise humeur. Elle lit :

 

 

            Adorable Lison,

           Quand tu liras ces lignes, je vous aurais quitté tous les quatre. Mais je ne pleure que pour toi, ma petite fille, car ni ton père, ni tes frères, ne valent le poids d’une larme. J’ai passé ma vie à tenter de les rendre heureux, en vain. Leur arrogance, leur exigence, leur violence m’ont détruite, lentement, obstinément. Tu l’as senti, tu as vu mon découragement, mais tu t’es éloignée de moi. Pourquoi ? A cause de mes échecs de mère, sans doute... Toi, mon souffle, tu as lâché prise.  Tu as cessé de voir en moi la mère aimante et tu as choisi, depuis deux longues années déjà, cette vie insensée peuplée d’égarements multiples loin de la maison qui t’a vue naître et qui te réclame. Deux années, sans te voir, sans te sentir, sans te serrer dans mes bras, sans caresser tes cheveux. Te souviens-tu combien j’aimais caresser tes cheveux ? A présent ma douleur est trop forte, je ne parviens plus à me battre, je dois abandonner. Tu n’as plus besoin de moi. Je peux donc me retirer.

J’ai un accord avec ton père ;  je lui lègue mes biens sans retenue, s’il consent à mettre fin à ma vie de la manière qu’il jugera convenable, car je suis si lasse que je ne trouve plus la force indispensable pour me donner la mort. Après ton père, nos richesses te reviendront de droit. Tu décideras pour tes frères, je sais que tu retrouveras en toi la fille brillante que j’ai élevée et que tu sauras faire ce qu’il faut pour vous trois. Sois heureuse, mon tendre amour et pardonne ma lâcheté.

 Je t’aime pour toujours, bien au-delà de l’obscurité.

 Maman.


Lison se demandait pourquoi son père avait attendu si longtemps avant de lui remettre la lettre ; sans doute pour qu’elle goûte à son tour, après les saveurs de la vengeance, aux acides de l’enfer éternel et pour qu’elle devienne, par son action criminelle, sa fille à part entière.

Ainsi, Arthur Coret dépouillait-il son épouse, dans la mort, du seul bien qui lui restait.

 

 

 

fin.

 

 

 

 

JPT / les mots écrits de Jonas D

Idée originale : PP et JPT

© 2005

Illustration : Robert Faucett

 

 

 


 

 

 

 

 


 


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Vendredi 30 mars 2012 5 30 /03 /Mars /2012 08:27
- Par Jonas D.
Publié dans : Printemps - Communauté : L'écriture dans tous ses états

Trois légatairesAprès un instant atemporel, Marc rompt le silence :
- C’est quoi encore que cette farce idiote, vous savez quelque chose que je ne sais pas ?
- Comment veux-tu que je..., tente son frère.
- La ferme tous les deux, coupe Lison, cet ordure joue avec nous, une fois de plus... D’accord... Ouvrons les paquets, on verra bien. Commence, Marc.
Marc hésite à peine avant de déchirer le papier de son cadeau.

- Merde alors, dit-il dans un souffle.
Marc vient d’ouvrir une somptueuse boite en acajou. Benoît s’empresse :
- Qu’est-ce-que c’est ?
- Montre le tien et tu sauras, répond Marc.
- Ouvre-le, commande Lison à Benoît.
Benoît s’exécute. C’est une mallette en métal. Il ouvre et prend connaissance du contenu. Il émet un long sifflement, puis d’une voix enrouée, il affirme :
- Ouf ! Pour un symbole, c’est un symbole, pas de doute, je suis l’élu.
- Ah oui ! Ne t’emballe pas, montre-nous ça, commande Marc.
- Non, répond Benoît, toi d’abord.
Lison vient de découvrir à son tour ce que cachait le papier d’emballage de son cadeau : un écrin noir, plat. Elle fait jouer les fermetures. Son regard se fixe intensément sur le contenu du coffret. Un mèche de ses cheveux retombe sur son visage. Lentement elle la replace derrière une oreille.
- Calme, mes chers frères, dit-elle.

Sa voix trahit une forte émotion.

- Alors ? demandent ses frères, dans le même souffle. Lison relève un visage livide vers Marc et Benoît et répond d’une voix soudain maîtrisée :

- Messieurs, il est clair que le cours de nos existences change ce soir. Je propose que nous nous montrions les cadeaux de père à commencer par toi, Benoît, le cadet, ensuite Marc, et enfin moi, en qualité d’aînée.

Sans bouger un muscle, Marc et Benoît épient l’attitude de Lison. Puis, acquiesçant ensemble d’un léger mouvement vertical de la tête, ils obéissent à leur sœur. Benoît extrait de sa malette de métal une liasse de billets de banque tous neufs qu’il agite à proximité de son oreille avant de la poser sur la table.

- Voilà. Il y en a une centaine comme cela. Un paquet de blé, croyez-moi. Outre le fait que cet argent m’a terriblement fait défaut depuis que la famille Coret m’a coupé les vivres, il faut bien entendre par ce geste du vieux que le remords lui a cloué l’âme et qu’il a enfin admis que mon caractère fait ma force et que je suis seul apte à mener à bien l’avenir de ses richesses. Il a salement dû regretter de m’avoir flanqué à la porte quant mère est morte.

- Laisse-moi ricaner mon garçon, dit Lison, si le vieux t’a viré, c’est parce que tu es responsable de la mort de maman. Vous êtes tous responsables. Tous les trois. Vous l’avez rendue malade, tout comme vous m’avez rendue malade. Et si tu es parti, Benoît, c’est pour tenter de l’oublier, malgré le prix à payer. Dis-moi que j’ai tort !  

Marc intervient :

- Comment peux-tu nous accuser ? C’est Père le responsable, et lui seul. Tu le sais bien Lison, arrête de délirer.

- C’est juste, dit Benoît.

- D’ailleurs, c’est pas le propos, reprend Marc, et pour revenir à ce qui nous occupe, je crois que tu te trompes, mon cher frère, je crois que l’élu c’est moi. Regardez tous les deux.
Il sort de la précieuse boite un modèle réduit d’automobile, réplique parfaite de la puissante Buick 58. Rouge.

- J’ai la même dehors, mes enfants, c’est pas un symbole, c’est une fatalité. Père a toujours eu confiance en moi, je n’ai jamais eu peur de foncer tête baissée vers les épreuves qu’il m’imposait, je l’ai toujours assisté dans son travail pour diriger les usines. Je connais mieux que personne les rouages de l’empire Coret. Même s’il a engagé des mercenaires à ma place quand il s’est retiré des affaires après la mort de maman, je ne lui en veux pas, je sais qu’il le regrette et je suis prêt à reprendre le flambeau.

Sans prêter attention aux propos de son frère, Lison s’énerve :

- Qui était dans la chambre de mère quand elle s’est jetée par le balcon sur la falaise ? Réponds, Marc, qui était avec Père ? C’est bien toi, non ? Réponds, salaud !

- Arrête Lison, tu es malade, comme maman. C’est sa dépression qui l'a poussée dans la mer, et rien d’autre, juste sa dépression !

Silence.

- Je vous ai vus, dit Benoît, après un moment.

- Quoi, demande Marc à l’adresse de son frère, tu as vu quoi ?

- Je vous ai vus, toi et le vieux, je vous ai vus pousser maman dans le vide. Elle se débattait, elle criait.

- Ferme-la, hurle Marc. T’as rien vu !

- Toi tu sais rien, dit Benoît, mais Père lui, il sait que je vous ai vus. C’est pour ça qu’il m’a laissé partir. Je savais que Père avait besoin de la fortune personnelle de maman pour relancer ses usines. Voilà. Père t’a toujours utilisé pour de sales besognes et toi tu obéissais. Lâche ! C’était maman. Vous l’avez tuée. Et moi, j’ai tout vu et je n’ai rien fait. J’avais trop peur que vous me fassiez du mal. J’ai donc pris la fuite ce soir-là.

- Assassins, vous êtes des assassins, hurle Lison, Maman était bonne avec nous, nous étions tout pour elle et vous l’avez tuée, tous les trois.

 

 

 

à suivre...

 

 

 

 

JPT / les mots écrits de Jonas D

Idée originale : PP et JPT

© 2005

Illustration : Robert Faucett


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Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 09:25
- Par Jonas D.
Publié dans : Printemps - Communauté : L'écriture dans tous ses états

Trois légatairesLes mots sont tombés comme une sentence. Tous les trois se regardent furtivement, interdits.

- Allons bon, dit Marc, d’une voix rauque.

- Père, tente Benoît, comment êtes-vous sûr que...

- Je le sais, répond le père sèchement en soutenant tour à tour le regard de ses fils.

- Benoît a raison, insiste Marc, ne croyez-vous pas qu’il...

- Il suffit, tranche Arthur Coret.

Comme pour souligner son autorité, Coret secoue nerveusement la cloche de service posée à main droite de son assiette. L’adolescent entre avec un plat fumant qu’il présente à la tablée.

- D’abord, mangeons, commande le père.

- Manger, quelle drôle d’idée, raille Lison. N’y aurait-il rien de plus urgent ?

- Lison, ma douce, ma tendre fille, je ne te demande pas ton avis.

- Peut-être ferais-je mieux de partir maintenant, je ne comprends pas pourquoi j’ai accepté de venir.

- Tu peux partir, ma fille, tu es libre. Mais tu resteras. La curiosité maintiendra ton fessier soudé à la chaise. Fessier que tu as fort joli d’ailleurs. En fais-tu toujours cet usage qui fît si bonne réputation à notre famille ?

Lison, le visage vidé de son sang, arrache le plateau des mains du jeune serviteur.

- Dehors toi, ça pue suffisamment l’esclavage ici, dégage !

Le jeune homme ne bouge pas, soutenant le regard de Lison.

- Merci, Renaud, tu peux t’en aller, dit calmement Arthur Coret.

Tous se servent. Seul, Benoît mange. Son père le regarde.

- Quel appétit, Benoît, dit-il.

Benoît le regarde à son tour, la fourchette en bouche. Puis presque sans mâcher, il déglutit bruyamment et dépose avec précaution la fourchette d’argent sur son assiette.

- J’ai fini, merci, très bon, dit-il, fébrile, en désignant le met de son doigt.

- Bien. Comme nous en avons fini avec la cène, reprend Arthur Coret, vous m’autoriserez à poursuivre. Voilà. Je veux, avant de disparaître, vous remettre, comment dire, un présent. A chacun de vous. Trois légataires, trois cadeaux. Je réclame à présent toute votre attention.

Arthur Coret agite de nouveau la cloche. Le jeune serviteur s’approche. Dans ses bras, trois paquets.

- L’un d’eux est symbole de puissance, dit le père en désignant les cadeaux, et désignera celui que j’ai choisi pour me succéder et diriger la fortune de notre famille. Voilà. J’en ai fini. Je vous demande d’attendre que je me sois retiré pour les ouvrir.

Les trois paquets sont couverts d’un papier sombre agrémenté d’un ruban de soie rouge. Renaud, après avoir retiré les assiettes, dépose devant chaque enfant, le cadeau qui lui est destiné.

Arthur Coret guette tour à tour les réactions de ses trois enfants avec un réel plaisir, puis il se dresse. Renaud l’aide à bouger la lourde chaise.

- Bonne nuit à vous, mes enfants, dit enfin le vieil homme

Renaud s’empare d’un chandelier sur la cheminée avant de se diriger vers l’imposant escalier de marbre qui mène à l’étage. Arthur Coret lui emboîte le pas. Tous deux disparaissent au milieu des ombres mouvantes, tracées par les bougies sur les pierres dressées de la demeure. Les trois enfants restent seuls en compagnie des craquements de l’âtre.

 

 

 

à suivre...

 

 

 

JPT / les mots écrits de Jonas D

Idée originale : PP et JPT

© 2005

Illustration : Robert Faucett


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Mercredi 28 mars 2012 3 28 /03 /Mars /2012 10:33
- Par Jonas D.
Publié dans : Printemps - Communauté : L'écriture dans tous ses états

Trois légatairesQuelque part en Côtes d’Armor, fin mars. Le jour s’achève. Depuis l’aube, les nuages captifs des vents marins encombrent le ciel et témoignent d’un hiver qui ménage sa fin. La demeure trône, victorienne, au bord d’une falaise que la Manche arraisonne sans faiblir.

Benoît Coret conduit avec prudence. La vieille Peugeot souffre des lacets qui mènent à la maison. La maison. Quand Benoît l’aperçoit, son estomac développe un brasier immense pareil à celui qui le tortura quelques années auparavant. Quand il fuyait de ce lieu visage vers la mer, vers sa liberté. Benoît gare son épave entre un break Mercédès et une rutilante Buick 58. S’ouvre l’imposante porte d’entrée. Sur le seuil apparaît une silhouette, éclairée par un chandelier, qui crie pour se faire entendre : « Bienvenue, Monsieur ! »

Benoît s’approche et découvre le visage qui danse sous les bougies : c’est celui d’un homme jeune, un adolescent.

- Bonsoir, dit Benoît, quel accueil ! C’est sinistre.

- Panne d’électricité, Monsieur...

Il ajoute : « Par ici, Monsieur, je vous en prie. »

La porte fermée a neutralisé les bruits conjoints du vent et de la mer. Benoît reconnaît la salle à manger, austère, au plafond voûté. Rien a changé. Des dizaines de chandelles se consument à éclairer les lieux. Une grande cheminée s’active, sans réussir toutefois à maintenir une température confortable. Bien au centre de la pièce, s’étend une table aux proportions inquiétantes. Deux hommes et une femme y sont installés. Le couvert est dressé pour quatre personnes. Tous trois sont en silence. L’adolescent invite Benoît à prendre place avant de quitter discrètement les lieux. Benoît s’assied sur la chaise libre.

- Bonsoir, père, dit Benoît à l’homme assis sur sa droite.

- Bonsoir, mon fils, répond Arthur Coret.

- Salut Lison, salut Marc, poursuit Benoît s’adressant aux deux autres convives. Ca fait des lustres, hein ! Comment ça va vous deux ?

- Ils vont bien, répond Arthur Coret, mettant fin aux civilités.

Il saisit une fiasque dont la paille grossière qui orne le verre apporte un peu d’humanité aux froides porcelaines qui règnent sur la table. Tout en versant un peu de vin dans le verre de son fils, il poursuit : « Merci à tous les trois d’être venus si vite. Mes enfants, j’ai du plaisir à vous revoir. »

Puis il marque une pause pour contempler une toile au mur : le portrait d’une femme très belle. Benoît et son frère aîné, Marc, regardent le tableau.

- Le temps est passé trop vite depuis que votre mère a disparu...

- Et notre père a-t-il des nouvelles du magicien ? demande Lison Coret, les yeux baissés sur son assiette.

Ignorant l’insolence de la question, Arthur Coret poursuit :

- Je vous sais très occupés et ne désire en rien vous faire perdre votre temps. Je vais donc m’exercer à peu de bavardages.

- Oui, c’est ça, dit Lison d’une voix imperceptible, exerce-toi.

Le père porte son verre à ses lèvres et le repose sans boire sur la blancheur immaculée de la nappe. Ses enfants l’observent.

- Je vais mourir cette nuit, lance-t-il.

 

 

 

à suivre...

 

 

 

JPT / les mots écrits de Jonas D.

Idée originale : PP et JPT

© 2005

Illustration : Robert Faucett


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