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Fraternité    

Les mots écrits de Jonas D.

... des mots pour décrire cette humanité qui nous habite alors que tonne le fracas du monde.


Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 11:18
- Par Jonas D.
Publié dans : Printemps - Communauté : L'écriture dans tous ses états

La marine verte

 

Hier matin, nous avons foulé la marine verte, nous avons volé ses parfums, nous les avons cachés sur nos mains, sur nos visages. Partout circulent nos regards. Entre l’émeraude des épines de l’hiver et le pastel des feuilles neuves, la bousculade est sans pareille. Le tableau est sidérant, c’est une tempête de nuances. Nous perdons des centimètres de nos tailles humaines à témoigner de cela. La mécanique de nos jambes arpente le vallon, laissant nos souliers se vautrer dans l’herbe brossée, la marquer de nos pas, elle accepte notre poids car bientôt nos traces s’effaceront.

Toujours nos traces s’effaceront.

Le vent est frais, il annonce la pluie de l’ouest, il vernit le tableau, oui, on dirait une marine au vert dominant, une marine qui en chasserait une autre, au bleu trop profond.

La blancheur des fruitiers nous caresse, le rose nous rend meilleur. Une beauté qui se répètera quand nos corps de bipèdes se faneront alors que les printemps oublieront les printemps.

Et ces vaches à la robe capricieuse, tantôt laiteuse, tantôt cacao, étalées, paissant… Elles nous toisent, nous qui ne sommes pour elles que des passants, des passagers sous les lueurs de leur monde sans faute.

Nous pensons à nos villes nourricières où s’exercent les grands du pays à d’éphémères pouvoirs, où le tonnerre s’étrangle dans sa rage. Ici la nature est résidente ; pour son art majeur, elle n’a pas d’urne à gaver ni de poils à brosser, elle se suffit à l’harmonie. Elle est l’équilibre.

Elle nous dit : «  Vous les humains, en traçant vos routes dans ma chair vous avez refusé les chemins que je vous offrais et je vous ai perdus.»

 

 

JPT / les mots écrits de Jonas D.

Photo : Jean-Pierre Tondini

© 2012

 


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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 10:05
- Par Jonas Doinint
Publié dans : Hors saisons - Communauté : Les chroniques de la meute

 

Terre de bois

 

Il faudrait un radeau, le construire vaste

Afin qu’il couvre entier les flots salés de ce monde,

Pour que chacun y prenne sa place,

Pour qu’on s’y croise, qu’on se parle et qu’on s’aime.

Il faudrait de ce bois faire un pays,

Au sol identique pour tous,

Aux reliefs voilés pour prendre les vents de la Terre,

Des vents musicaux plus que féroces.

Ainsi, d’une côte à l’autre touchée par ses flancs

La planche du Salut corrigerait les atlas,

Nos ports deviendraient frontières fermées

Sur nos sèches étendues qu’on oublierait.

Alors peut-être que celle qui nous donne à vivre,

Celle que de là-haut on nomme la Grande Bleue,

Celle-là même échangerait sa couleur

Pour un luxueux acajou

Et qu’elle oublierait sa colère

Le temps que les Hommes oublient la leur.

Il faudrait ce radeau.

 

 

JPT / les mots écrits de Jonas D.

© 2011

photo : Jean-Pierre Tondini


 

 


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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 11:54
- Par Jonas Doinint
Publié dans : Printemps - Communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS

 

Cette-ville.JPG

Tu te réveilles tôt, tu te mets au balcon, tu es au deuxième étage, tu regardes la rue et les gens qui se meuvent en plongée de toi, tu vois des femmes, passantes.

Ces gestes te projettent à ces moments quand cette ville avait une odeur, une couleur, une musique, toutes différentes. Ces sensations du matin te reviennent en bloc. Tôt, comme à l’instant, tu quittes le lit d’une femme aimée, tu vas au-dehors pour prendre un nouveau souffle, comme un premier jour de liberté conditionnée. L’escalier te mène à la porte qui donne sur le théâtre de la vie. Dehors, tu respires l’humus de la rue, le carbone des autos, tu marches avec le cliquetis des terrasses. L’air est frais, il te semble d’ailleurs. Tout t’apparaît neuf, premier. C’est la valse des serveurs qui soulagent les tables des restes d’un plus matinal que toi, c’est le pressé au journal sous le bras, croissants enveloppés, il t’a devancé, c’est celui qui cadenasse son vélo, c’est cette femme que tu frôles, qui éternue. Pas de regard en échange, à cette heure tout est solidarité muette, comme si seuls les citadins éveillés, foulant le pavé, pouvaient se passer de la courtoisie du bonjour, car pour eux comme pour toi, le jour se consume déjà. C’est une belle matinée qui t’arrive, tu les aimes, cette femme que tu viens de quitter et cette ville qui t’invite à la retrouver.

Le temps passe, ces amours-là aussi, tu penses avoir oublié ? Rien n’est plus réel que le souvenir.


 

JPT / les mots écrits de Jonas D.

© 2011

Illustration : Richard Stonn

 


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Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 11:31
- Par Jonas D.
Publié dans : L'oeil de Robert - Communauté : écrire c'est hurler en silence

 

A-fleur-de-peau.jpg

 

La belle transpire

De froid et d’effroi

Devant le sécateur

Les lames incisent sa tige nourricière

Son essence flotte

Mon nez pour témoin

Le rouge n’est pas du sang

Son odeur pourtant

Sera de l’instant

La belle m’offre sa vie

Pour le plaisir d’une autre

Belle aussi

Non végétale

Dont je courtise les lèvres

Au rouge-baiser

Qui laisseront

Je le crains

Le goût de la fleur

Sur ma peau

 

 

JPT / les mots écrits de Jonas D.

Photo : Robert Albiani

© 2012


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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 09:40
- Par Jonas D.
Publié dans : Cent mots - Communauté : L'écriture dans tous ses états

 

      9. L'eau

 

 

Sur nous gronde la pluie

Pour laver nos paroles

Mais elle n’atteint pas

Le gris de nos âmes

 

 


 

JPT/ les mots écrits de Jonas D.

Photo : Jean-Pierre Tondini

© 2012

 


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