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Les mots écrits de Jonas D.
... des mots pour décrire cette humanité qui nous habite alors que tonne le fracas du monde.
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Les mots écrits de Jonas D.
... des mots pour décrire cette humanité qui nous habite alors que tonne le fracas du monde.
Hier matin, nous avons foulé la marine verte, nous avons volé ses parfums, nous les avons cachés sur nos mains, sur nos visages. Partout circulent nos regards. Entre l’émeraude des épines de l’hiver et le pastel des feuilles neuves, la bousculade est sans pareille. Le tableau est sidérant, c’est une tempête de nuances. Nous perdons des centimètres de nos tailles humaines à témoigner de cela. La mécanique de nos jambes arpente le vallon, laissant nos souliers se vautrer dans l’herbe brossée, la marquer de nos pas, elle accepte notre poids car bientôt nos traces s’effaceront.
Toujours nos traces s’effaceront.
Le vent est frais, il annonce la pluie de l’ouest, il vernit le tableau, oui, on dirait une marine au vert dominant, une marine qui en chasserait une autre, au bleu trop profond.
La blancheur des fruitiers nous caresse, le rose nous rend meilleur. Une beauté qui se répètera quand nos corps de bipèdes se faneront alors que les printemps oublieront les printemps.
Et ces vaches à la robe capricieuse, tantôt laiteuse, tantôt cacao, étalées, paissant… Elles nous toisent, nous qui ne sommes pour elles que des passants, des passagers sous les lueurs de leur monde sans faute.
Nous pensons à nos villes nourricières où s’exercent les grands du pays à d’éphémères pouvoirs, où le tonnerre s’étrangle dans sa rage. Ici la nature est résidente ; pour son art majeur, elle n’a pas d’urne à gaver ni de poils à brosser, elle se suffit à l’harmonie. Elle est l’équilibre.
Elle nous dit : « Vous les humains, en traçant vos routes dans ma chair vous avez refusé les chemins que je vous offrais et je vous ai perdus.»
JPT / les mots écrits de Jonas D.
Photo : Jean-Pierre Tondini
© 2012
Il faudrait un radeau, le construire vaste
Afin qu’il couvre entier les flots salés de ce monde,
Pour que chacun y prenne sa place,
Pour qu’on s’y croise, qu’on se parle et qu’on s’aime.
Il faudrait de ce bois faire un pays,
Au sol identique pour tous,
Aux reliefs voilés pour prendre les vents de la Terre,
Des vents musicaux plus que féroces.
Ainsi, d’une côte à l’autre touchée par ses flancs
La planche du Salut corrigerait les atlas,
Nos ports deviendraient frontières fermées
Sur nos sèches étendues qu’on oublierait.
Alors peut-être que celle qui nous donne à vivre,
Celle que de là-haut on nomme la Grande Bleue,
Celle-là même échangerait sa couleur
Pour un luxueux acajou
Et qu’elle oublierait sa colère
Le temps que les Hommes oublient la leur.
Il faudrait ce radeau.
JPT / les mots écrits de Jonas D.
© 2011
photo : Jean-Pierre Tondini
Tu te réveilles tôt, tu te mets au balcon, tu es au deuxième étage, tu regardes la rue et les gens qui se meuvent en plongée de toi, tu vois des femmes, passantes.
Ces gestes te projettent à ces moments quand cette ville avait une odeur, une couleur, une musique, toutes différentes. Ces sensations du matin te reviennent en bloc. Tôt, comme à l’instant, tu quittes le lit d’une femme aimée, tu vas au-dehors pour prendre un nouveau souffle, comme un premier jour de liberté conditionnée. L’escalier te mène à la porte qui donne sur le théâtre de la vie. Dehors, tu respires l’humus de la rue, le carbone des autos, tu marches avec le cliquetis des terrasses. L’air est frais, il te semble d’ailleurs. Tout t’apparaît neuf, premier. C’est la valse des serveurs qui soulagent les tables des restes d’un plus matinal que toi, c’est le pressé au journal sous le bras, croissants enveloppés, il t’a devancé, c’est celui qui cadenasse son vélo, c’est cette femme que tu frôles, qui éternue. Pas de regard en échange, à cette heure tout est solidarité muette, comme si seuls les citadins éveillés, foulant le pavé, pouvaient se passer de la courtoisie du bonjour, car pour eux comme pour toi, le jour se consume déjà. C’est une belle matinée qui t’arrive, tu les aimes, cette femme que tu viens de quitter et cette ville qui t’invite à la retrouver.
Le temps passe, ces amours-là aussi, tu penses avoir oublié ? Rien n’est plus réel que le souvenir.
JPT / les mots écrits de Jonas D.
© 2011
Illustration : Richard Stonn
La belle transpire
De froid et d’effroi
Devant le sécateur
Les lames incisent sa tige nourricière
Son essence flotte
Mon nez pour témoin
Le rouge n’est pas du sang
Son odeur pourtant
Sera de l’instant
La belle m’offre sa vie
Pour le plaisir d’une autre
Belle aussi
Non végétale
Dont je courtise les lèvres
Au rouge-baiser
Qui laisseront
Je le crains
Le goût de la fleur
Sur ma peau
JPT / les mots écrits de Jonas D.
Photo : Robert Albiani
© 2012
Sur nous gronde la pluie
Pour laver nos paroles
Mais elle n’atteint pas
Le gris de nos âmes
JPT/ les mots écrits de Jonas D.
Photo : Jean-Pierre Tondini
© 2012