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Les mots écrits de Jonas D.

... des mots pour décrire cette humanité qui nous habite alors que tonne le fracas du monde.



Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 09:05
- Par Jonas D. - Publié dans : Hiver - Communauté : L'écriture dans tous ses états

L'oeil du cyclone

 

Quelques jours passèrent sans que Jeanne et Clément ne se rencontrent ou ne s’appellent. De son côté, Clément s’interrogeait autant sur le comportement de la jeune femme que sur les sentiments confus qu’il éprouvait à son égard. Il se sentait réservé devant l’artiste, alors qu’il digérait la distance qui le séparait de l’intellectuelle, tout en affectionnant l’amie sincère. Il revendiquait déjà ce lien, alors qu’il n’était pas convaincu, par expérience, que puisse vivre une amitié durable entre un homme et une femme. Car, pensait-il, le désir - sexuel -, si tant est qu’il existât entre eux, impose un jour ou l’autre la question de l’amour. En attendant cette fatalité, Clément avait hâte de revoir Jeanne. Il décida de l’appeler.

- Je suis méga-pressée, lui dit-elle au téléphone, j’ai un cours de physique à la fac...

Mais il pouvait l’attendre sur le campus vers 15 h 00. Ouf ! La conversation avait duré moins de vingt secondes. Jeanne poursuivait donc encore des études, scientifiques en plus. Bon.

Les bras chargés de bouquins, un croissant dans la bouche, Jeanne présenta une joue à Clément pour la bise. Il fit. Clément constata que les lunettes solaires portées en serre-tête, les jeans serrés aux chevilles, les chaussures sportives et les cheveux noués sur la nuque par un ruban sans éclat donnaient à la jeune femme l’aspect d’une lycéenne en classe terminale. Ils s’assirent sur des marches à proximité. Jeanne parlait avec fougue du cours qu’elle venait de suivre et demanda à Clément s’il s’intéressait au sujet. Non, répondit-il avec franchise, pas vraiment. Elle voulut connaître la raison pour laquelle, à trente-cinq ans, il ne s’intéressait à rien. La soif d’apprendre s’était-elle tarie ? Elle ne comprenait pas. Lui ne comprenait pas mieux cette déduction hâtive. Il découvrait avec stupeur Jeanne déclinée, encore. Avait-elle conscience de cela, comment le vivait-elle ? Il refusa d’aborder le sujet, de peur de la froisser. En même temps, cette multiplicité le séduisait. Où était passé le peintre du premier jour ? Et pour autant était-ce l’original ? L’original terré au calme, à l’épicentre de cet ouragan de l’être ?

- Bien, dit-elle soudain, je bouge. J’ai un cours dans dix minutes. Viens chez moi ce soir. Je cuisinerai, d’accord ? Tu verras mes toiles aussi. A plus, bises.

Elle se mit à courir vers les salles de cours sans attendre la réponse de Clément. Ce dernier, assis sur le béton, les yeux rieurs, était captif de cette aventure unique.

Il avait hâte d’être à ce soir.

 

 

 

à suivre...

 

 

 

JPT / les mots écrits de Jonas D.

© 1999

Illustration : Daniel Dupuy



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