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Les mots écrits de Jonas D.
... des mots pour décrire cette humanité qui nous habite alors que tonne le fracas du monde.
Les mots écrits de Jonas D.
... des mots pour décrire cette humanité qui nous habite alors que tonne le fracas du monde.
Un chandelier trônait sur la table en plastique blanc - une table d’extérieur - recouverte d’une nappe au ton doré. Le couvert était mis pour deux personnes. L’appartement de Jeanne était encombré mais, d’une manière générale, il n’y régnait pas de désordre. La décoration était surprenante, c’était un mélange de choses dont la nature même brisait l’unité de l’ensemble. Sur un mur, le poster de Dali enfant avoisinait avec la photo magazine d’un jeune acteur à la mode. Plus loin sur le même mur, une vieille affiche de propagande de la Grèce des Colonels, plus loin encore l’image d’un couple nu faisant l’amour sur une énorme moto et dessous, un ours en peluche accroché par les oreilles à deux pinces à linges clouées directement dans le mur. Quel que soit l’endroit où Clément posait le regard, la pièce regorgeait d’étrangetés.
Une odeur de nourriture s’échappait de la cuisine où Jeanne s’affairait. Trente minutes s’étaient écoulées depuis qu’elle avait ouvert la porte. Elle avait servi un verre d’alcool à son invité avant de disparaître dans la cuisine, en renouant son tablier sur ses reins. Désolée, avait-elle dit à Clément, je suis en retard, tu es chez toi, je ne serai pas longue. Tu goûteras mon lapin aux pruneaux, avait-elle ajouté, tu verras, c’est une merveille !
Elle ne se doutait pas que Clément était végétarien. Il sourit tendrement. Du fond de la cuisine, elle lui demanda s’il avait passé une bonne journée, s’il n’était pas trop fatigué. Elle lui proposa de retirer ses chaussures et de s’étendre sur le canapé, de se détendre, elle ne serait pas longue, répéta-t-elle, et toute à lui dans quelques instants. Elle demanda encore pardon pour le retard. Clément fit ce que Jeanne lui demandait. Il retira ses chaussures, sa veste, s’allongea sur le fauteuil et apprécia le whisky. Quand elle réapparut, Clément eut du bonheur à la détailler : Jeanne avait retiré son tablier, des reflets jaillissaient de ses cheveux laqués, un collier de perles blanches ornait son cou. Elle portait un chemisier légèrement transparent qui trahissait un sous-vêtement en dentelles. Elle était moulée dans un pantalon blanc. Clément se laissa installer face à elle. Il goûta au repas. Les légumes étaient délicieux. Jeanne orienta assez vite la conversation vers la nécessité pour une femme de materner, de sentir en elle progresser la vie, de l’immense bonheur qui consistait à élever des enfants. Clément, moyennement captivé, tenta plusieurs fois de se dégager du propos. Mais Jeanne parvenait à rattraper la situation à son avantage. Clément, soumis, donna son point de vue. Il avoua à Jeanne ne pas être très favorable aujourd’hui à concevoir une descendance, car, disait-il avec douceur, il supportait mal la réalité des enfants privés de famille. Il devenait urgent, disait-il, que les organisations sociales des nations proposent enfin à ces enfants, via l’adoption, une réalité différente. Il ne confia pas à Jeanne que lui-même était orphelin. Il admettait par ailleurs qu’un couple ressente la nécessité de conforter leur union par un bébé. Il était conscient de l’équilibre que la maternité apportait à la plupart des femmes, mais il restait ferme sur ses convictions humanitaires. Jeanne le fixa un long moment sans lui répondre. Clément n’osait pas briser le silence. Sur le visage de Jeanne, la mère s’estompait pour laisser place à une autre femme. La sensualité de son regard était inouïe. Le phénomène, incroyable. Dès cet instant, Clément serait mort qu’on le privât d’elle.
- Excuse-moi, dit-elle, je dois m’absenter un moment.
Sa voix était chaude et claire à la fois. Un coup de soleil sous la bise. Elle lui proposa de reprendre un peu de café. Il y avait aussi des cigarettes dans le tiroir de la commode s’il venait à en manquer. Clément sans répondre, se contenta de la suivre des yeux jusqu’au moment où elle entra dans la salle de bains.
Clément éteignait sa seconde cigarette - il avait utilisé le paquet dans la commode - quand Jeanne revint à lui. Pieds nus, en peignoir.
- Viens, dit-elle simplement.
à suivre...
JPT / les mots écrits de Jonas D.
© 1999
Illustration : Daniel Dupuy
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