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Les mots écrits de Jonas D.
... des mots pour décrire cette humanité qui nous habite alors que tonne le fracas du monde.
Les mots écrits de Jonas D.
... des mots pour décrire cette humanité qui nous habite alors que tonne le fracas du monde.
Dans son lit, Clément, convaincu à présent de l’amour qu’il réservait à Jeanne, acceptait qu’elle menât cette vie de délégations, qu’elle eût cette nécessité de décliner son existence. Pour elle, se disait Clément, c’est vivre plusieurs fois sur le même temps.
Il en était à cette réflexion quand elle rentra au studio.
La porte claqua. La matinée était avancée, Clément avait apprécié ce long moment éveillé dans le lit. Seul.
Les jeans de la jeune femme étaient maculés de peinture, ses mains aussi.
- C’est moi, dit-elle d’excellente humeur, j’ai fini la toile.
Elle l’avait emportée avec elle. Elle débarrassa le guéridon des objets inutiles et le traîna devant la fenêtre. Elle y installa le tableau. Elle remonta d’un geste le store vénitien ; la lumière se projeta dans la pièce. Clément cligna des yeux.
- Vois, dit-elle.
Il se leva, examina la toile. Il reconnut l’autoportrait, d’un surréalisme total, un enchevêtrement de six femmes au visage identique à celui de Jeanne... Il détaillait sans confusion l’artiste, l’intellectuelle, l’amie, l’étudiante, la mère, l’amante ; toutes vêtues de couleurs éclatantes, elles étaient enveloppées par un vent tournoyant à la manière d’un ouragan. Un rythme merveilleux se dégageait de l’œuvre. A distance respectable du tableau, Clément remarqua que toutes ces femmes formaient un visage, le visage d’une Jeanne à connaître : l’original. C’était absolument fascinant. En haut à droite du tableau, l’artiste avait peint un œil. La pupille dévoilait le reflet d’un autre visage, celui de Clément. Ce dernier, muet d’admiration, ne parvenait pas à détacher son regard de la peinture. Elle était magnifique. Il était prêt à jurer qu’il n’avait rien vu d’aussi beau.
- C’est sublime, dit-il enfin.
- Merci Clément, répondit-elle, merci du compliment, merci de traverser mes vies, merci de les accepter, merci de nous accueillir en toi.
Avec une fraîcheur enfantine, elle ajouta :
- L’œil, c’est toi, c’est le regard docile que tu portes sur nous toutes, affranchi de tout jugement.
Puis, plus grave, le regard tendu vers lui, elle conclut :
- Pour cela, je t’admire et je t’aime.
La poitrine de Clément se comprima.
Elle embrassa furtivement Clément avant de disparaître dans la salle de bains. La porte claqua. Quelle Jeanne réapparaîtrait tout-à-l’heure ? Mais Clément ne se posait plus cette question. Le charme résidait là. Il décolla machinalement le petit billet fixé au bas du tableau. Jeanne y avait inscrit le titre qu’elle avait donné à son tableau : l’œil du cyclone. Clément ne trouvait pas le choix à son goût. Il se dit que dès qu’il croiserait à nouveau son artiste de Jeanne, il lui en toucherait un mot. Mais lorsque la porte de la salle de bains s’ouvrit sur le corps sans habits de sa compagne, il sut en croisant son regard que l’heure n’était pas aux savants discours. Loin de là. Un cyclone donc ? Il acceptait en cet instant d’en être le centre.
Fin.
JPT / les mots écrits de Jonas D.
© 1999
Illustration : Daniel Dupuy
Ta belle humanité Dan a perçu le sens de mon texte. Merci pour ta fidélité. Bonne journée, ne surfe pas aujourd'hui, tu es encore fébrile !
Jonas
Bises
Louv'
Moi aussi, mais je pense que Clément a encore des choses à découvrir... Merci louv' ! Bises.
Jonas
Papa Tango Charly ne répond plus
Il nous reste Gibrat...
Loop
Ps. J'ai complété le passereau...
Cadeau :
http://www.youtube.com/watch?v=vYOoozQuy1M
Ce bon vieux Mortimer vient te carresser les doigts de pieds ? J'ai parcouru en librairie le merveilleux recueil dédié à Cécile. De toute beauté. L'idéal féminin dure, dessinait en son temps Martin Veyron... Gibrat, bienfaiteur ? Dont acte. Merci pour ta visite ! Bises.
Jonas
J'en suis ravie et étonnée, à la fois.
Plusieurs facettes d'un même oeil...
Mazette : j'avais vu juste !
Divination, perspicacité, intuition, ou réflexion ? Tu as l'oeil et le bon. Bravo et bonne soirée !
Jonas
je viens de rattraper mon retard en lisant la suite (+ les commentaires intelligents!) de ta nouvelle! Seulement une femme comme Jeanne aurait pu avoir une vieille affiche de Grece du temps de la dictature des colonels !!!
Je me demande si Clement s'en sortira sain et sauf de cette histoire d'amour !?!?!
FANNY
Il faut poser la question à Jeanne si tu la croises, moi je ne sais pas. Peut-être cette affiche évoque-t-elle en elle un souvenir douloureux qu'elle ne veut oublier durant une période difficile de ton pays qu'il ne faut pas oublier pour qu'elle ne reviennne pas. Qui sait ? Une chose est sûre, c'est que Clément a été autant surpris que toi... Ceci dit, je connais bien Clément, il va s'en sortir. Merci d'avoir eu la patience de lire cette modeste histoire qui a aussi vocation de distraire ! Bises.
Jonas
Bonsoir Suzâme et bienvenue ! Je suis flatté, d'abord par la visite, puis par ce commentaire, je vous en remercie. L'idée que vous vous sentiez intégrée "dans un coin de la pièce" en témoin de l'histoire me plaît. J'ai tenté, de ma masculinité, de brosser la femme dans l'idéal, en évoquant toutefois l'idée qu'approcher quelqu'un(e) dans sa complexité demande plus que de l'amour : une bonne dose de tolérance. Cette nouvelle reste avant tout un divertissement. Vous êtes ici chez vous et ici, si vous le souhaitez, nous pouvons nous tutoyer. Bien cordialement.
Jonas
Esclarmonde
Merci à toi, Esclarmonde, de l'avoir suivie jusqu'à son terme. Jeanne t'embrasse. Bon dimanche !
Jonas
Cette nouvelle me plaît beaucoup !
Merci de ton appréciation que je reçois avec bonheur. Ah ! Jeanne...
Jonas
Souvent femme varie bien fol est qui s'y fie.
Amicalement et à bientôt.
Ce proverbe est bien senti. Prends soin de ne pas t'envoler ! Je sais que ces vents causent beaucoup de dégâts. Amitiés.
Jonas
Merci Elo. J'aime quand tu me m'écris aimer mon univers (ce n'est pas la première fois) cela me faire rudement plaisir car le but est atteint. Nous sommes tous des mondes parralèles. Bises.
Jonas